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11 juillet 2014

Essai Yamaha XVS 1300 Custom

Essai Yamaha XVS 1300 Custom

Chopper et sans reproches ?

Yamaha importe désormais en Europe le Stryker, sobrement dénommé XVS 1300 Custom chez nous. Une moto au look ravageur mais beaucoup plus calme que sa robe ne le laisse présumer… Sauf quand on le cherche !

Aux États-Unis, les choppers sont une institution, avec en point d’orgue le film Easy Rider en 1969. Si les préparateurs, du plus petit au plus gros, en concoctent à foison outre-Atlantique (et aussi sur le vieux continent), les constructeurs sont, eux, un peu plus timorés. Chez Harley-Davidson, il y a eu la Rocker C et il y a toujours, dans une moindre mesure, le Sportster Seventy-Two ou la Breakout. Chez le grand rival, Victory, il y a la Jackpot. Mais les constructeurs japonais se sont également engouffrés dans le créneau. Honda produit la Fury (un temps vendue en France sous le nom VT 1300 CX) et Yamaha possède deux modèles dans sa gamme américaine, le 1300 Stryker et le 1900 Raider. Si le Raider est très impressionnant, Yamaha s’est contenté d’importer le Stryker en Europe. Rebaptisé XVS 1300 Custom, il entend dominer un secteur très restreint et possède pour cela quelques atouts…

Stryker Eurêka

Long ? Oui ! Lourd ? Aussi. Beau ? Assurément ! Ce chopper dégage un certaine sensualité entre courbes et pièces de belle facture.

Long ? Oui ! Lourd ? Aussi. Beau ? Assurément ! Ce chopper dégage un certaine sensualité entre courbes et pièces de belle facture.

Le XVS 1300 Custom est un chopper sobre. Même dans cette très belle livrée Liquid Copper, oscillant entre terre cuite et orange vif selon la lumière, il n’y a pas d’esbroufe. Alors en noir, imaginez ! Malgré la présence de quelques éléments chromés, le XVS n’est pas clinquant (bien moins qu’aux States où tout est chromé !). Musclé, mais sobre. Ce qui frappe en premier, c’est d’abord la longueur de l’engin. Deux mille cinq-cent trente-cinq millimètres (2,53 m si vous préférez), ça ne se range pas dans la poche. C’est la longueur d’une Smart ! Inutile de préciser que vous pouvez oublier le stationnement dans les emplacements réservés aux deux-roues, la plupart du temps la roue avant dépasse ! Autre dimension remarquable, l’empattement, qui avec ses 1 755 mm est le plus long de la production de grande série actuelle. Enfin, la hauteur de selle, qui culmine à 670 mm, en fait un bestiau des plus accessibles…

Passé le premier choc visuel, on peut s’attarder sur les finitions du Custom. La peinture pailletée couvre parfaitement les garde-boue et le réservoir, en métal, ainsi que les deux caches latéraux, en plastique eux. Ce chopper embarque juste ce qu’il faut de chrome (carters moteurs, couvres-culasses, phare, compteur, rétroviseurs), mais il s’agit hélas d’éléments en plastique chromé. La magnifique selle façon cuir tanné, la couronne à sept bâtons,les caches de l’admission d’air et les clignotants laqués noir ou encore les superbes jantes sont autant de pièces qui flattent la rétine. Vous l’aurez compris, le XVS 1300 Custom est beau. Vraiment ! Beau et impressionnant, notamment vu de derrière. Entre le pneu de 210 mm de large, le petit feu à diodes (chipé à un R1 2002 ?) entouré de ses deux clignotants et cet imposant garde-boue en métal au galbe sensuel qui descend si bas… Brrrrr ! On en a des frissons dans le dos ! L’ensemble évoque une certaine puissance. A l’autre extrémité, loooooiiiin devant, on trouve une frêle roue avant en 120/70 x 21 et un seul étrier à deux pistons qui pince un immense disque de 320 mm… lequel semble bien perdu dans cette immense jante. Et sous les yeux ? Un compteur simple mais archi-complet, qui se pilote de la main droite et cache même une jauge à essence en cherchant bien ! La finition du Stryker est simplement superbe. A quelques détails près toutefois… La clef de contact, issue d’une faille temporelle avec les années 80 (70 ?) est indigne d’un tel vaisseau. Pas de protection, pas de clef codée, rien… De même on note quelques fils bien visibles au dessus de l’injection. Rien de dramatique, mais quand le reste atteint ce niveau de finition, cela se voit !

Mobylette ou Moby Dick ?

Vu sa longueur, le Stryker est plus taillé pour les grands espaces que pour les routes de montagnes. Mais il est plus agile qu'il ne le laisse penser !

Vu sa longueur, le Stryker est plus taillé pour les grands espaces que pour les routes de montagnes. Mais il est plus agile qu’il ne le laisse penser !

Bon, il est temps d’enfourcher le monstre… Ce qui, vu son gabarit, est finalement très simple. La faible hauteur de selle et l’étroitesse relative du 1300 permettent d’avoir les deux pieds bien à plat au sol. En revanche, il faut forcer un peu sur la cuisse gauche pour redresser la bête, qui pèse tout de même 306 kilos avec les pleins. De quoi craindre le pire pour les premiers tours de roues… Et finalement, non ! Certes un temps d’adaptation est nécessaire pour s’habituer à cette roue avant à trois kilomètres de soi (surtout quand, comme votre serviteur, on descend d’un roadster), mais le Custom est réellement facile à manœuvrer, y compris dans la circulation. On ne fanfaronnera pas à la remontée de files, mais l’empattement ultra-long permet une stabilité à toute épreuve et le XVS est finalement plus à l’aise dans cet exercice qu’un maxi-trail armé de ses valises, par exemple.

En ville, le gabarit n’est pas des plus adaptés mais là encore, c’est plus « easy rider » que « conduite hardcore » ! Surprenant… Cette facilité de conduite se retrouvera une fois la route plus dégagée. Sans avoir la grâce d’une ballerine ou la précision de conduite d’un roadster sportif, le XVS 1300 Custom se montre tout à fait convaincant et confortable. La garde au sol est loin d’être aussi limitée que l’on pourrait l’imaginer et l’énorme gommard Bridgestone Exedra monté à l’arrière est bien plus agile à la mise sur l’angle que ses dimensions le laissent à penser. Dans les virages un peu plus serrés, l’empattement long est évidemment un inconvénient, mais rien de dramatique : ce n’est pas une semi-remorque ! Quant au confort, la selle moelleuse compense bien une suspension arrière réglée assez ferme et la position de conduite est tout à fait relax, permettant d’envisager de beaux trajets routiers. Et le passager ? Quel passager ? Soit vous en aviez un et vous l’avez perdu à la première accélération à cause d’une selle penchée vers l’arrière (cale-pieds passagers assez hauts) et de l’absence de toute poignée, soit il avait abdiqué à la seule vue du monstre… En balade cool, le Stryker est un régal, le 1300 ayant suffisamment de couple pour rouler sagement sans rétrograder systématiquement et la courroie se faisant oublier. Mais le châssis est si plaisant que l’on est vite tenté de hausser le rythme.

Sur des rails

La garde au sol est limitée, mais on peut quand même passer fort en courbe, grâce à un châssis imperturbable.

La garde au sol est limitée, mais on peut quand même passer fort en courbe, grâce à un châssis imperturbable.

Et le moteur, lui, a de l’entrain. En fait, il est aux antipodes de ce que l’on s’attend à trouver sur un chopper. Good vibes, ploum-ploum-ploum et sonorité caverneuse ? Très peu pour lui… Ce bicylindre en V n’a rien d’un longue course culbuté made in Milwaukee : course courte, refroidissement liquide, arbres à cames en tête (un par culasse), et seulement 73 chevaux disponibles assez tôt. Sur le papier, puissance et couple n’ont rien d’impressionnant. Pourtant, le moteur est vif et alerte, avec des montées en régime nerveuses et un sacré répondant. Un vrai moulin de compét’. Heureusement, il sait aussi se montrer docile et calme à bas régimes. Mais pour des accélérations façon dragster, il répond présent ! Seule la sonorité se montre trop feutrée, les deux silencieux d’origine coupant littéralement le sifflet au twin. La boîte à cinq rapports, elle, tire long, très long !

Les 80 km/h sont atteints en première, la seconde catapulte à près de 130 km/h avec une force certaine. Côté moteur, le XVS 1300 Custom cache bien son jeu avec ses 73 équidés ! Une portion d’autoroute (allemande évidemment) sera avalée façon TGV, la Stryker étant imperturbable une fois son cap choisi et étant capable d’évoluer à des vitesses inavouables… Les grandes courbes ne lui font pas peur ! A force de charger toujours plus les gaz, on finit forcément par avoir besoin de taper dans les freins. Premier constat : les 306 kilos, assez discrets en courbe car très centrés (le moteur pèse son poids au milieu de la moto), se rappellent à notre bon souvenir et enfoncent la fourche, réglée assez souple pour plus de confort. Deuxième constat : le simple disque avant est un peu léger pour ralentir efficacement l’ensemble et il faudra, comme souvent sur un custom, faire appel à l’arrière, puissant et efficace. D’un autre côté, entre l’angle de chasse et le déport prononcés de la roue avant, l’étroitesse du pneu et l’absence d’ABS, le montage de deux disques aurait conduit à de récurrentes pertes de l’avant. D’ailleurs, même avec un seul disque l’ABS ne serait pas une mauvaise option mais il est indisponible.

Doux chopper

La selle façon cuir tanné est belle et confortable. La finition de la moto est presque parfaite.

La selle façon cuir tanné est belle et confortable. La finition de la moto est presque parfaite.

Pas d’ABS ? Bon… Mais au tarif où est proposé ce XVS 1300 Custom, il n’y a pas grand chose à dire. Même les quelques lacunes de finition ne pèsent plus beaucoup dans la balance… Nous avons demandé aux personnes croisées lors de cet essai quel pouvait bien être le tarif de ce doux chopper. Le résultat est unanime : tous plaçaient le tarif bien au-dessus du tarif réel, parfois même à près du double ! Le Stryker est en effet affiché en France à 10 999 €, un tarif défiant toute concurrence. Au vu de la réelle qualité de fabrication de ce Custom (et de toutes les qualités mentionnées plus haut), c’est cadeau.

Avec une clef codée, cela aurait été parfait. La consommation, elle, s’est établie à 7 litres aux cent kilomètres en moyenne lors de cet essai. Ce qui autorise de belles portions de plus de 200 kilomètres de route entre chaque plein, grâce à réservoir de contenance moyenne (15 litres). Avec plus de place dans le garage, je mettrais bien une option dessus moi…

BILAN

Alors, sans reproches ce chopper ? Presque… Nous ne nous attendions pas à un tel rapport prix/prestations, avec un châssis sain, une finition sans reproche majeur, un moteur presque rageur et un confort honnête. En plus ce XVS 1300 Custom se manie du bout des doigts ! Seul le frein avant un peu léger et le duo compliqué sont à noter. Valorisant, ce chopper est vrai coup de (Stry)cœur.

FICHE EXPRESS

NOTES (dans la catégorie)

Finition : 8/10
Équipements : 9/10
Confort : 9/10
Protection : 7/10
Moteur : 7/10
Partie-cycle : 9/10
Budget : 10/10

NOTE GLOBALE

8,4/10

ON AIME : ON N’AIME PAS :
La conduite, presque celle d’un (gros) vélo ! Les quelques détails de finition navrants (clé notamment)
Le confort conducteur insoupçonné Le freinage, un peu léger sur l’avant et dépourvu d’ABS
Le tarif plancher Le duo juste improbable
Le moteur dynamique et bougrement plaisant
Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Le bicylindre en V de 1 304 cm3 est agréable à l'usage, mais aux antipodes des canons du genre. Rageur, (course-courte), avec une allonge agréable et un refroidissement liquide. Photo : Emilien Braud.Le passager occasionnel n'est pas à la fête : assise courte et penchée vers l'arrière, pas de poignées (une sangle...) et des repose-pieds hauts qui imposent une position grotesque, genoux dans les dents. Photo : Emilien Braud.L'assise très basse permet d'enfourcher facilement le XVS 1300 Custom. Photo : Emilien Braud.Sous cet angle, la jante avant est superbe. Photo : Emilien Braud.Les deux échappements étouffent un peu le 1300. Photo : Emilien Braud.Notez la présence d'une protection pour ne pas se cramer la botte sur l'échappement. Photo : Emilien Braud.Le klaxon (devant le pied droit) est très exposé. Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Le cache pignon de sortie de boîte, très travaillé esthétiquement, fait un peu toc. En plastique brut, il dénote à côté de la finition du reste du bloc-moteur... Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.L'immense disque de 320 mm de diamètre semble perdu au cœur de la roue de 21 pouces ! L'étrier à deux pistons juxtaposés est, lui, un peu léger pour les 306 kilos de la bête. Photo : Emilien Braud.La courroie possède une couronne magnifique. A l'usage, on oublie la transmission. Photo : Emilien Braud.Les clignotants possèdent une finition noir laqué (Piano Black), du plus bel effet. Sur le modèle américain, Stryker, ils sont chromés. Photo : Emilien Braud.Les échappements ont une sortie vraiment ridicule, ce qui explique la castration sonore du twin. Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Photo : Emilien Braud.Ce petit feu à diodes longiligne semble emprunté aux YZF-R1 de 2002/2003. Photo : Emilien Braud.La selle façon cuir tanné est magnifique et confortable. Photo : Emilien Braud.Le tableau de bord est simple, mais en fait très complet. La fenêtre numérique donne accès aux trips, au totalisateur kilométrique, à la consommation moyenne, à l'heure et même à une jauge à essence. Seul manque à l'appel un compte-tours, dont on peut se passer. Photo : Emilien Braud.Le commodo droit permet de faire défiler les infos du tableau de bord. Photo : Emilien Braud.A gauche, du classique : appel de phare et commande de phare, clignotants et klaxon. Photo : Emilien Braud.Cette clé en provenance directe des années 80 est indigne d'un gros custom de 2014 ! Pourquoi le XVS 1300 Custom ne dispose-t-il pas d'une clef codée, quand une XJ6 en est équipée ? Photo : Emilien Braud.Comme sur les autres customs de la marque, le bouchon de réservoir n'est pas sur charnière. Photo : Emilien Braud.Sous la selle, pas de place, mais une trousse à outils complète. Photo : Emilien Braud.

Par Simon Palatchi, photos Emilien Braud

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