Essai Yamaha MT-09
Peur sur la ville
La MT-09 vient de débarquer et est bien décidée à flanquer une raclée aux autres roadsters, plus petits comme… plus gros ! Le trois-cylindre vu par Yamaha, ça donne un roadster méchant et ça déménage. Accrochez-vous !
Rien à voir avec le film d’Henri Verneuil avec Bébel dans le rôle principal (encore que, la bête terrorise aussi la population…) mais une chose est sûre, la MT-09 a dans ses entrailles de quoi faire trembler. Quelque chose de pas très catholique, qui donne envie d’appeler un exorciste… « The Dark Side of Japan » disaient les communiqués de presse ? Plus très envie d’aller au Japon après une semaine en sa compagnie moi… Et pourtant, tout avait bien commencé !
Quoi ma gueule ?

La signature lumineuse de la MT-09 est superbe de nuit, avec deux petits blocs de 5 LED allumés dans le feu.
En arrivant chez Yamaha France pour prendre possession de cette MT-09 en coloris Deep Armor – censé être violet mais hormis en plein soleil ou sous un néon, il apparaît plutôt noir tant il est foncé – tout allait bien. Soleil (miracle !), température encore confortable, chaussées sèches et désertes. Et puis cette MT-09, faut reconnaître qu’elle n’est absolument pas impressionnante. Petite, rikiki ! Une grosse 125 ! Sérieusement vous avez réussi à caser 847 cm3 là-dedans ? Au chausse-pied alors… Rien ne dépasse hormis les rétroviseurs, pas même l’échappement qui se terre sous le bras oscillant. C’est ça le côté obscur nippon ? Mort de rire… Bon d’accord, il y a bien ce compteur bizarre excentré sur la droite, sorti d’on ne sait où avec ses connectiques apparentes sur le devant, ce phare qui s’est manifestement pris un coup sur le coin pour être aussi bas et cette selle dépouillée, avec le feu tout juste fixé au bout.
Cela donne l’impression qu’il manque des morceaux à la moto, notamment au niveau des carénages. On aime ou pas ce look dépouillé, mais c’est justement ce qui fait le style de la MT-09. Personnellement, je trouvais ce design plus homogène, voire franchement beau, après l’avoir fréquenté une semaine. On s’y habitue vite en fait… Le regard peut s’attarder longtemps sur la finition et les détails, tant la MT fait figure de bonne élève à ce chapitre. Le feu arrière à LED fera immanquablement penser à celui de la MT-01, initiatrice de la lignée, les superbes jantes exposent leurs bâtons tandis que le trois-cylindres chauffe ses carters et couvre-culasse couleur magnésium au soleil. Seule la selle qui bouge dénote dans ce tableau… Bon alors il est où le monstre ?
Sueurs froides…

Couchée sale bête ! La MT-09 fait partie de ces motos qu’il faut dominer pour en tirer le meilleur. Sage !
Clé dans le contacteur (à gauche du compteur, autre bizarrerie), nouveau démarreur/coupe-contact enfoncé vers le bas et le trois-cylindres s’ébroue sans une vibration, tournant comme une horloge suisse… Rien d’ébouriffant… Mais il y a déjà comme une angoisse qui monte, tant cette sonorité ne ressemble en rien à celle d’un Street Triple. Le triple-pattes sonnerait plutôt comme les moulins des Benelli, réputés pour leur rugosité et leur sale caractère. Bon. On enjambe la MT-09 comme une YBR, tant la selle est basse et la moto légère. Un excellent point pour tous ceux qui ne jouent pas au basket avec Tony Parker… Laissons la moto en mode Standard, le mode prédéfini au démarrage, histoire de voir comment ça marche. Retour sur l’A15 pour revenir sur Paname, le moteur a chauffé tranquillement, il n’y a personne… Gaz !
Tous les lecteurs du Joe Bar Team tome 2 se souviennent de cette page où Pierrot la Fouine, permis en poche, essaye pour la première fois la Vmax qui sera sienne. Ben pareil ! Ho pu-tain ! Les ingénieurs de chez Yamaha ont mis des trucs pas normaux dans ce moteur, ce n’est pas possible autrement ! A peine le temps de comprendre ce qui se passe que le compteur affiche déjà un 2 au centaines de km/h ! Maman… On se calme, on freine, on se remet aux vitesses légales, on débraye, on passe en mode A (le plus « sport ») et on recommence. C’est pire, avec une poussée identique mais une réponse encore plus immédiate à la poignée ! Dé-mo-niaque ! Cela fait plaisir de voir qu’il existe encore, dans un pays aussi policé et réglé comme du papier à musique que le Japon, des ingénieurs capables de tout déconnecter en allant s’installer à le bureau pour finalement pondre ce genre de monstre. Arigatō gozaimasu * messieurs ! Aussi dingue que cela puisse paraître, ces premiers kilomètres n’ont absolument pas donné l’impression de conduire un roadster mid-size, mais plus une catapulte genre Tuono V4, un roadster pourtant bien plus puissant ! Ce n’est plus un moteur, c’est un réacteur… En revanche, aux allures prohibées – rapidement – atteintes, il faut pousser en avant de tout son poids tant la direction se fait légère.
Réactions en chaîne

La position de conduite n’est pas si étriquée malgré le gabarit contenu de la Yam’. Par contre le passager, lui…
Retour en ville, sur le mode B, le plus doux. La poignée devient sensiblement moins réactive et le trois-cylindres met de l’eau dans son vin, permettant une conduite tout en douceur. Le gabarit de la moto aide à se faufiler dans la circulation et la faible hauteur de selle permet d’avoir les pieds bien à plat au sol, quelles que soient les circonstances. Avec des suspensions très souples et parfaitement accordées, la MT-09 est un régal à conduire, même sur les chaussées les plus dégradées. Un vrai pullman, malgré une selle pas spécialement ��paisse. Si le conducteur n’est pas trop mal loti, le passager en prend pour son grade : repose-pieds hauts perchés et selle encore moins rembourrée. Spartiate, d’autant qu’aucune poignée n’est présente pour s’accrocher aux branches quand le bourrin aux commandes débranche les hémisphères cérébraux… Ce qui arrivera de toute façon, tant le moulin est rageur. Un feu rouge ? Un dos d’âne ? Un rond-point ?
Peu importe le catalyseur, la réaction se déclenchera de toute façon… Vous verrez votre pouce droit se porter sur le bouton mode et remettre le trois-pattes sur A, tandis que la paume effectuera une rotation autour de la poignée de gaz avec, pourquoi pas, une légère impulsion des phalanges de la main gauche sur le levier. C’est addictif ! Sur les petites routes sinueuses, la MT-09 dévoile tout son potentiel avec son gabarit contenu et son poids plume. Un mini-jouet avec un maxi-moteur dont on ne se lasse pas. Mais c’est aussi ces petites routes qui permettront de constater que la MT-09 est tout sauf un roadster conventionnel.
Super-roadstard

Malgré des suspensions souples, le châssis est un régal. A quand une MT-09 R avec des éléments plus performants ?
La MT-09 fait en effet honneur à la catégorie des MT, des roadsters pas comme les autres. MT signifie Maximum Torque, ou couple maximal en français dans le texte, un point que ce numéro 09 défend plutôt bien vu la patate de son trois-pattes. La MT-01, première de la lignée, était le fruit de la rencontre entre un moteur de custom gavé aux amphét’ et une partie-cycle plutôt sportive. La MT-03 était un roadster atypique qui aurait croisé un trail, avec son mono chipé au XT 660. La MT-09, elle est un roadster qui aurait une partie des gènes d’un méchant supermotard. Position de conduite assez droite, guidon droit, selle quasiment plate… D’ailleurs sa conduite, avec un train avant léger, est finalement assez proche de ce que l’on ressent au guidon de ces motos radicales.
Pour lui faire prendre de l’angle en virage à allure rapide, il ne faut pas adopter une conduite roadster nez dans le guidon et fesses en arrière, mais plus une attitude supermot’, assis sur le réservoir pour charger le pneu avant. C’est un roadster, mais pas que, bref, une pure MT ! Cette géométrie particulière explique le pourquoi du comment de la sensation de flou vue à haute vitesse… Pour le coup, un supermotard avec un trois-cylindres de 847 cm3 dopé à la boisson énergisante, ce n’est pas banal ! Une fois le mode d’emploi assimilé, c’est un régal avec des suspensions toutefois un poil souples, même réglées au plus ferme. Un bon point pour le confort, moins drôle pour aller taquiner les repose-pieds. Dommage car le châssis, lui, est excellent et vire d’un bloc ! Quant au freinage, il est diabolique. L’avant est surdimensionné pour un si petit gabarit tandis que l’arrière offre une puissance et un mordant que nous n’avions plus vus depuis longtemps sur ce genre d’engin ! En revanche à ce régime sportif le moteur adopte une consommation plutôt élevée et tête assez vite les 14 litres d’essence du petit réservoir. C’est qu’il est glouton le bougre, avec 6,5 litres aux cent kilomètres en moyenne, mais plus si l’on reste tout le temps en mode A (comme Arsouille, Attaque ou Âne bâté…). Proposée à un tarif canon par Yamaha, cette MT-09 risque de donner du fil à retordre à l’intégralité de la catégorie des roadsters tant son rapport prix-prestations-banane est bon. Petits roadsters rageurs et gros roadsters coupleux ont intérêt à revoir leurs copies pour rester dans la course face à ce trois-pattes méchant venu d’ailleurs !
* Merci beaucoup !
BILAN
La MT-09 va mettre un sacré coup de pied à la concurrence, tant elle fait mal. Performances magistrales, finition presque impeccable (il reste encore un ou deux détails à revoir), châssis redoutable malgré des suspensions trop souples, bon confort dans l’ensemble… Le tout pour 7 790 € sans l’ABS, un tarif qui donne tout de suite envie d’aller signer le bon de commande ! The Dark Side of Japan ? Probablement. Une chose est sûre, la MT-09 risque surtout de révéler le côté obscur de ses propriétaires… « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc de cinglé ?! »
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 9/10 |
| Équipements : | 8/10 |
| Confort : | 8/10 |
| Protection : | 6/10 |
| Moteur : | 10/10 |
| Partie-cycle : | 9/10 |
| Budget : | 8/10 |
NOTE GLOBALE
8,3/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| Le moteur, simplement explosif ! | La trogne. On aime ou pas, c’est selon… |
| Le confort malgré une selle dure | Les suspensions trop souples en conduite dynamique |
| Le rapport prix/finition/prestations | L’accélérateur un peu trop réactif en mode A, limite brutal |
| La sonorité du trois-pattes, rauque à souhait | L’autonomie un peu faible (petit réservoir) |
| La trogne. On aime ou pas, c’est selon… |
Par Simon Palatchi, photos Götz Göppert















